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Sentiments décrits au fil des textes.., intensité des émotions.., quelques écarts personnels....et réflexions en tant qu'humaine..

11 juin 2006

Troubles.

       Il faisait nuit. Aurore se réveilla en sursaut. Elle appuya sur l’interrupteur le plus proche et se prit la tête entre les mains. Il lui fallut quelques secondes avant de retrouver entièrement ses esprits ; ce maudit rêve l’avait encore terrassée. Elle ne s’y habituerait jamais. Elle ressassa les événements une énième fois dans sa tête fatiguée, et tenta de se rendormir. Mais elle ne pouvait pas dormir. Qui par cette chaleur aurait pu trouver un sommeil paisible ? Elle avait relevé le drap, enlevé son t-shirt, mais elle se retournait sans cesse dans son lit. La sueur inondait son visage. Elle savait qu’elle ne retrouverait pas le sommeil, alors elle décida de prendre une douche froide. Au passage, elle regarda l’heure à son portable qu’elle avait oublié d’éteindre la veille. 4h25. Le bruit de l’eau ne réveillerait personne ; car à son regret elle n’avait pas de voisin proche.
      
       Parvenue dans la salle de bain, elle tourna le robinet du lavabo, prit une gorgée d’eau, se dénuda entièrement cette fois, puis s’installa dans le carré de douche. Elle se dit qu’un grand pourcentage de Français se trompait d’une belle manière en imaginant que la Normandie était une région où la chaleur se faisait rare. Elle aurait voulu les y voir, à cette heure de la nuit, pris par l’insomnie !    

       Revigorée par la fraicheur de l’eau, elle s’enveloppa d’un peignoir et se dirigea vers son salon. C’était une pièce lumineuse le jour, confortable la nuit. Elle mit son ordinateur en marche et se connecta sur MSN. Peu d’insomniaques ce matin… personne de très intéressant. Tant pis, il fallait bien tuer le temps. Elle se divertit sur des salons de rencontres, visita quelques sites, envoya un courriel à un ami juste au cas où… et reçut un message quelques minutes après. Enthousiasmée à l’avance par la réponse qu’elle avait espérée, elle crut à la présence d’un être rassurant qui aurait peut-être pu passer chez elle... Mais le mail qu’elle avait reçu lui glaça le sang… Cette histoire la poursuivait partout… Même à 5h05 il fallait que la pression remonte… Elle lut avec attention le message qui lui avait été adressé mais n’y répondit pas tout de suite. Les paupières closes, des flashs s’imposaient à ses yeux ; des images brèves, mais assez pénibles pour la déstabiliser. Consciente de son malaise, elle se leva pour aller s’allonger sur le canapé où l’impuissance l’abattit plus encore que la fatigue cumulée ces derniers temps. Le jour ne tarderait pas à se lever ; le chant des oisillons se faisait déjà entendre. A cette pensée, elle se détendit un peu avant de sombrer dans un sommeil où des visages l’effrayaient encore.

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12 janvier 2006

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monte_les_escaliers

Petit bout si jeune et si gentil,

Je te lis.

Tu m'écris que les hommes ne font pas de merveilles. Ta maman a ses heures, tu dis que parfois elle boit de jolies choses qui te blessent trop fort. Sache petit homme, que certains adultes sont parfois tristes et violents, mais au fond, ils ne sont pas méchants.

Tu m'écris que chaque soir ses ongles te rentrent dans la peau, que ses coups te font mal, et que tu dors n'importe où. Ton cœur bat si vite qu'il s'envole, sans personne pour le rattraper. Et tu as peur, tu l'entends vaciller, se cogner à la chaise, avant de s'étaler, faible et inconsciente. Tu dis que tu te sens terriblement seul, que la relever de ses rejets te fait plus de peine à chaque coup. Paniqué, tu te détestes et affirmes que ton papa n'aurait jamais laissé faire ça, qu'il était fort, qu'à lui seul il faisait tourner la maison et peut-être même le monde. Tu as fini par conclure, et tu as sans doute raison, que son amour protégeait ta maman de ce trou noir. Je sais combien d'amour vous entourait tous les trois, combien c'était beau à voir. Mais les Hommes se défendent à leur manière, plus ou moins conséquente. Ta maman a oublié qu'elle avait un fils, et elle seule peut changer le cours de ces choses. Ne te crois pas impuissant, tu fais déjà tant...

Lorsque tu seras grand, tu ne subiras plus tout cela. Je t'imagine alors me demander, QUAND ?, ta voix pleine de trouble et de colère. A la distance à laquelle je me trouve de toi, je ne peux t'aider plus que je ne le fais. Je ne peux t'apporter que soutien moral et espoir, petit guerrier qui un jour sera aussi fort que son papa... et prêt à tout affronter.

Bises tendres et chaleureuses, je viendrai te voir, bientôt ; je te le promets petit cœur.

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08 janvier 2006

Ce n'est qu'un adieu temporaire, je crois qu'ils appellent ça un au revoir.

Je sais que je te briserai le cœur en t'écrivant ces mots, mais vois-tu, je ne peux plus. Je ne reviendrai pas sur ma décision, j'en suis certaine. Les moments passés ensemble étaient agréables, et je te promets que je ne les oublierai pas, contrairement à ce que tu penses. Mais notre relation n'était pas celle que je cherchais, je me suis trompée, et je m'en veux terriblement de te faire aujourd'hui cette peine. Tu trouveras d'autres femmes, sans doute bien mieux que moi. Ma place se réduira dans ton cœur, tu verras. Tu es la seule personne qui m'ait vue mieux que je n'étais, la seule personne qui ait vu en moi la beauté de l'âme et du corps. J'ai changé depuis, quelque chose n'existe plus en moi, quelque chose est parti, tu me l'as dit toi-même. Ne me poursuis plus je t'en prie, je sais combien cela serait dur de te demander que l'on reste amis, alors, pour le moment, je préfère que l'on ne se parle plus du tout.
Ne crois pas que je coule des jours heureux avec cet autre... Car il me pourrit l'existence, il ne me rend pas heureuse, j'en ai conscience. J'aime quelqu'un pour qui je n'existe pas. Eh oui tu avais raison, je comprends trop tard ce que tu ressentais. Je comprends maintenant pourquoi tu disais si souvent que l'amour était synonyme de haine. Je peux le perdre à tous moments, et d'ailleurs, je m'en fous presque, tu sais ? En cette heure je voudrais juste mourir. Je hais la vie et ce qu'elle me retire, je hais ce personnage capricieux et pervers, je hais ceux qui m'entourent. Je voudrais juste partir. Je comprends enfin tes trips, mais il est trop tard, et l'on ne changera plus rien. Je campe sur ma position, et je te dis non, je ne peux pas, je ne suis pas prête, et je ne saurais pas t'aimer. Je n'ai pas su, je ne saurais plus. Mes poignets meurtris, mes jambes lacérées, mon cœur trompé, mon âme abîmée, je ne suis plus capable d'aimer, ni même de l'envisager. Ne recommence pas ces longues nuits de haine et de disputes que nous avons passées, je ne veux pas me disputer avec toi. Plus maintenant, plus comme ça, je suis fatiguée de tout ça.
Tu m'as reproché l'égoïsme de ne pas avoir été là pour toi, mais je ne savais pas. Je n'ai pas entendu ton appel, je n'ai pas reconnu celui-là. Par réflexion, je crois que l'on ne comprend que ce que nous avons vécu. Chacun réagit en fonction de son histoire, et les nôtres s'opposaient ; toi tu voyais le mal alors que moi j'espérais, toujours. Aujourd'hui, non cela ne marcherait pas mieux, et je t'ai dit cent fois pourquoi... S'il te plait n'insiste pas, c'est déjà si dur...

Bloque-moi, supprime-moi de tes contacts, fais ce que tu veux si cela peut te soulager davantage... Un jour, lorsque ça ira mieux, on se retrouvera, j'en suis bien sûre. En attendant ce jour, je te demande juste de faire attention à toi, même si je sais que tu ne le feras pas, au moins, je l'aurais dit. Je te souhaite bon courage, « bonne chance », car nous aurons des chemins semblables à présent.

Bises mélancoliques,

Ambre.

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31 décembre 2005

Disparue, toujours présente.

Il était son être le plus cher, encore petit, fragile et si pur dans son ignorance. Aussi murmurait-elle les secrets bien gardés au creux de son oreille ; peut-être dans l'espoir qu'ils lui serviraient un jour sans en avoir eu conscience. Mais elle savait aussi, qu'elle ne serait pas éternelle, et que la vie seule déciderait de son terme. Alors, par précaution, pour être sûre qu'elle aurait atteint son objectif, la promesse qu'elle s'était faite à elle-même, elle avait laissé une lettre à son fils, afin de le guider juste un peu, afin de lui laisser une trace d'elle au cas où les circonstances décideraient de les séparer avant l'atteinte d'un certain âge. C'est ainsi qu'il lut les quelques lignes suivantes, lui qui depuis si longtemps espérait vainement retrouver un peu d'elle :


                                                                                                 19/03/2007
Mon petit ange,                                                                                 

Tu es en cette heure devant moi, alors que j'écris ses mots. Tu es si attendrissant, le cœur empli de bonheur, encore inconscient de la vie, en admiration et heureux devant elle... ; tu débutes ce petit bout de chemin, sans panneaux, sans rien. C'est pourquoi il est en mon devoir de te souffler ces quelques mots, afin que tu ne te perdes pas en route, que tu ne t'égares pas dans la forêt dangereuse de la vie, au fond de laquelle t'attendent de multiples périls et parfois aussi, quelques ravins.
Les lignes suivantes concerneront ce qui me semble être le plus important dans ta future approche de la vie.
Tout d'abord, sache que l'amour sera ta plus grande arme, mais aussi la moins fiable. Tu devras t'en servir, mais également t'en méfier, car très vite tu te rendras compte qu'il peut nous jouer des tours. Tout au long de ta voie, l'amour te guidera ; il sera ton sentiment le plus fort, celui qui t'apportera tant de bonheur, mais aussi, parfois, qui entraînera ton désespoir lorsque tu perdras certaines batailles. Parce que pour avancer, il faut apprendre, et pour apprendre, les théories ne suffisent pas. Lorsque tu te tromperas, tu te relèveras plus fort, et jamais tu ne referas les mêmes erreurs.
Ta deuxième arme, sera la confiance et l'estime que tu te porteras. Ne laisse jamais personne te rabaisser, ni te dire ce que tu as à faire. Sois digne, garde la tête haute, n'aie jamais honte. Mais attention, ne rejette pas les gens qui se voudraient confidents, appuie-toi sur leur vécu. De ton côté, ne promets jamais quelque chose que tu ne tiendras pas. Respecte les autres comme ils le méritent, et ils te respecteront. Si ce n'est pas le cas, passe ta route, et ne te retourne pas.
La vie est une guerre où sans cesse il faut se créer sa place. S'insérer dans la société n'est pas chose facile. Ne reste pas militaire. Distingue-toi, non aux yeux des autres, mais distingue-toi par ton intelligence humaine. Pour être totalement humain, et ici arrive ta troisième arme, fie-toi toujours à tes sentiments, à ton instinct : S'il te plait mon amour, cueille une rose. Ses épines te blessent, contourne-les, et touche la douceur de ses pétales si légèrement parfumés. Sens-les, laisse ce parfum t'envahir. Ne ressens-tu pas toi-même cette légèreté ?
Ce que j'essaie de te dire, mon ange, c'est qu'il te faut préserver ta chaleur interne, ta sensibilité, profite de chaque chose, vois la magie à chaque instant de la vie.
[Par expérience, je te le dis, les instants les plus magiques sont les fruits (parfois défendus) de l'amour.] :
Lorsque tu rencontreras une femme, n'accélère pas la cadence, prends le temps d'apprendre à l'aimer. Aime ses qualités comme ses défauts. Aime son parfum, ses gestes, sa douceur, son organisation, son courage, sa beauté, ses mimiques, ses habitudes... Protège-la de ce qu'elle n'aura plus la force d'affronter. Protège-la toujours. Rassurée, elle se livrera à toi et t'accordera sa confiance extrême. Lorsque tu lui feras l'amour, fais de ton plaisir le sien, mais comprends surtout la magie que sera cet instant, pour elle, mais aussi pour toi. L'échange, l'accomplissement de votre amour, vos deux corps mêlés dans une étreinte parfaite..., vos deux corps l'un à l'autre, parfois soumis, parfois dominés... (Et crois-moi, tu aimeras les deux.) Encore à ce moment, protège-la. Rassure-la, toujours. Mets ta force à son service, fais-en une arme librement utilisable mais uniquement conçue pour elle.

J'aurais encore tant de choses à te dire... mais une simple lettre ne pourrait toutes les contenir. Alors je m'arrêterai ici, sur un dernier point, dont tu auras sans doute besoin pour te construire : savoir qui je suis, ou plutôt, lorsque tu liras cette lettre, qui j'ai été, quelle vie j'ai mené.
Je sais que de tout mon vivant, je t'aurais transmis tout l'amour que j'avais en moi. Je sais aussi combien tu auras cherché à me connaître, à travers ce qu'il te reste de moi ; ce qui m'appartenait tout comme les relations que j'avais ; et je suis sûre que tu auras obtenu des réponses intéressantes, que moi-même j'aurais aimé être là pour entendre. (La perception que l'on a de soi n'est pas toujours identique à celle des autres, méfie-toi aussi de cela.) L'absence maternelle a sûrement été une grande douleur, une marque, un manque irremplaçable. Alors, pour te rapprocher de moi, à notre façon, je vais te dévoiler cet ultime secret :
On m'a dit, étant petite, que les défeints nous observaient de là-haut, qu'ils étaient dans la nuit ces petits points lumineux auxquels on a donné le nom d'étoiles. A cela s'ajoutait que chaque étoile était une âme disparue, et que celle de la personne que l'on souhaitait trouver dans le ciel était la plus scintillante à nos yeux. Je ne sais pas si aujourd'hui je suis une étoile du ciel, néanmoins je suis persuadée que je le suis dans ton cœur. Tu as eu une place infinie dans le mien, et je veux que tu saches que même là-haut où je ne sais où, je suis toujours avec toi, et je te guiderai toujours. Il y aura même des moments où peut-être tu me sentiras auprès de toi...

Pour chaque pas important de ta vie, je me suis arrangée pour qu'une personne digne de confiance t'amène une de mes lettres. Oui, je t'en ai écrit plusieurs, afin de ne pas les faire trop longues, et surtout pour qu'elles te soient utiles en temps voulus. Ainsi, tu auras peut-être la sensation de m'avoir eue un peu à toi.

                                                           Ta maman qui t'aime toujours très fort.

P.S. : Je suis si fière de toi...


Des larmes brouillaient ses yeux. Emu, tellement ému...
Il lut et relut la lettre, s'imprégna de chaque phrase, analysa chaque mot, dessina chacune de ses lettres, jusqu'à la sentir enfin, à côté dans un coin de la pièce, comme elle le lui avait promis [du moins sous-entendu.]. L'un de ses rêves d'enfance venait de se réaliser, le premier, le sacré, l'intouchable, l'invincible.
A partir de ce jour il se sentit plus fort, et chaque lettre suivante l'émouvait tout autant. Il était heureux, enfin. Les regrets de son cœur l'avaient quitté avec l'arrivée plus ou moins régulière de ces lettres inespérables. Totalement, complètement, absolument heureux.

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07 août 2005

Roméo+Juliette 2e version >> j'avais pas d'inspiration pour la fin, alors....

_cart_de_conduite

Le jour entrait dans la chambre depuis au moins deux heures. Une atmosphère calme régnait, une chaleur lourde enveloppait les deux êtres enlacés. Le miroir posé sur la coiffeuse renvoyait les rayons du soleil sur leurs corps.
Ses paupières se soulevèrent enfin. La lumière l'éblouissait. Il se frotta les yeux, s'assit en tailleurs sur le lit puis replia ses jambes contre son torse. Elle dormait encore, sa respiration lente et régulière soulevait sa poitrine dans un mouvement de haut en bas apaisant. Le drap la couvrait à peine, jamais il ne l'avait vue aussi belle. Il posa sa main sur sa jambe et remonta doucement sur sa cuisse avant de passer son bras autour de sa taille. Là, elle se réveilla. Elle s'étira, mettant en valeur toutes formes de son corps comblé par les ébats nocturnes de la veille. Un silence plus significatif que n'importe quel autre mot s'installait. Elle le fixa dans les yeux, fit glisser sa main sur la barbe naissante puis ébouriffa tendrement ses cheveux avant de décider qu'elle avait faim et que lui aussi. Elle se jeta donc hors du drap qui lui découvrit une nudité parfaite, se dirigea vers la commode, enfila un peignoir emprunté à son homme puis descendit les escaliers afin de lui préparer un petit déjeuner qu'il dégusterait volontiers. Mais soudain sa schizophrénie reprit le dessus, elle attrapa au vol le petit flacon dissimulé entre le sucre et le sel ; en versa le contenu sur la tranche de pain de mie beurrée ; puis remonta jusqu'à la chambre. Il trouva son geste adorable mais lui certifia qu'il aurait pu la rejoindre au rez-de-chaussée. Elle n'y prêta pas attention, elle se voulait mystérieuse et diabolique, elle voulait qu'il jouisse de ce dernier instant. Elle lui banda alors les yeux, laissa ses mains se balader sur son corps en émoi, posa la tartine sur son buste et la fit arpenter sur la chair de son conjoint, jusqu'à sa bouche. Il dévora rageusement la mie si plaisamment offerte et entreprit d'embrasser sa fougueuse partenaire. Le poison se propagea -trop- rapidement dans ses veines, le sang contaminé lui détruisit le cœur une dernière fois avant de le laisser mourir sur son ultime plaisir. Quand à elle, elle se sentit si désespérée à son retour à la réalité qu'elle se réserva la même punition, se positionna dans les bras du défunt ; et tous deux partirent ainsi un beau matin.

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25 juillet 2005

Ame vagabonde, esprit torturé

bougie

Serviette, posée sur une chaise. Maquillage, encore étalé. Une robe déposée sur leur lit. Depuis son départ il n'avait rien modifié. Le sac à main sur le bureau le laissait croire qu'elle rentrerait ; y croire encore. L'armoire n'avait pas non plus était vidée. Il la revoyait dans ses vêtements bien repassés, sa jupe faisant ressortir la courbe fine de ses hanches, toutes formes de son corps en harmonie parfaite... Pour lui, de là s'y exprimait la délicatesse d'une fragilité dissimulée. Elle était forte mais fragile à la fois. C'est ainsi qu'il tentait de s'expliquer son départ imprévu. Un matin, elle était partie, et n'était jamais revenue. En contradiction avec elle-même et le monde, elle était durement saisissable. Aussi pouvait-il en déduire que c'était parce qu'elle l'aimait qu'elle s'était envolée. Elle reviendrait peut-être, le jour où il s'y attendrait le moins. Elle calculait tout, se plaisait à surprendre ; c'était une sorte de jeu, parfois. Jeu dangereux ; dont il était quasiment impossible d'obtenir les règles, à moins de vraiment bien la connaître, et qu'elle-même en ait l'envie.
Chaque jour il se levait, noyait son chagrin dans le travail pénible, puis rentrait tard le soir pour aller se coucher, seul. Il se confondait dans le quotidien lassant, sans but, morne. N'adressait la parole à personne. Ne savait plus sourire, ne comprenait même plus quel sens avait été attribué à ce mot. Il comprenait surtout combien l'amour était capital dans une vie ; celui qui nous sauve, celui qui nous emporte et ne nous lâche qu'à notre mort. Il comprenait sa douleur, combien poser ses mains sur sa taille après de rudes journées lui manquait. La maison paraissait triste privée de son passage, et les pièces n'avaient plus le goût d'aucun parfum.
Un soir de temps orageux, il prit une douche qu'il aimait brûlante ; histoire de contempler la buée s'installer sur les vitres tel un souffle de vie chaud qui perdurerait quelques instants. Histoire de croire. Il sortit hors de la cage troublée, et découvrit alors une rose rouge à ses pieds. Son cœur commençait à battre la chamade ; son corps s'animait brusquement. Par la fenêtre entrouverte un coup de tonnerre retentit, la pluie devint battante, le vent redoubla de force ; les éléments naturels se déchaînaient soudainement. Avec une certaine appréhension, il enroula une serviette autour de son bassin nu, et marcha alors jusqu'à la chambre. Dans le couloir, d'autres roses avaient été disposées en lignes droites jusqu'à la porte du domaine conjugal. Il les suivait dans la pénombre ; le plancher grinçait sous son pas qu'il cherchait détendu. Il poussa la porte et pénétra dans la pièce faiblement éclairée au moyen de petites bougies enflammées. Charmante ambiance dans cette pression atmosphérique orageuse. Machinalement il tourna la tête vers le lit ; la stupéfaction l'immobilisa. Elle était là, allongée, vêtue d'une chemise de nuit en soie blanche, et lisait. Il trouva qu'elle avait l'air en forme, sa peau bronzée luisant à la lumière des chandelles. Elle releva la tête, plongea son regard sur le corps masculin. Un regard provocateur qui n'incitait qu'à la suivre dans son désir. Il s'approcha d'elle, et à partir de cet instant leurs deux vies se renouèrent. Il ne posa aucune question ; elle ne lui fournit aucune explication. L'important était présent ; leur silence se composait d'une magie unique, un lien d'une force incomparable qu'il aurait été déraisonnable de briser à ce moment de leur existence commune.
Leurs corps à nouveau mêlés, ils s'aimèrent jusqu'à l'aube ; et dans la douceur d'une nuitée ludique, tout reprit comme si jamais la femme n'avait trompé.

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22 janvier 2005

Memories.

Les pièces avaient pris la poussière au fil des années, et certains lustres étaient tombés. Des éclats de verre jonchaient le sol par endroits ; mais le long couloir accueillait toujours ces ombres envoûtantes. Le manoir était resté tel qu'il avait été pendant les années de romance, ces belles années que la mort avait emportées. Chaque objet était resté à sa place. Du piano semblait provenir la même mélodie, bien que les touches fussent étoilées.., à présent. Alors, elle se souvint. Elle se souvint de lui dans le couloir. Ce fameux soir, éclairé à la lueur de quelques chandelles, lorsque leurs secrets se transmettaient sans mots, lorsque leur amour se dévoilait, doux, et puissant. Le grand miroir n'avait jamais été déplacé depuis. Elle s'y arrêta, observa son reflet terni par le temps, et ressentit ce souffle d'homme mûr qui lui avait autrefois brûlé la nuque ; et elle le revit offrir à son décolleté un bijou magnifique et rare. Dans son évasion, elle avait posé sa main sur la sienne qui n'était plus, mais pourtant, elle crut l'avoir touchée elle aussi, l'espace d'un instant. Alors elle se retourna... mais l'obscurité apaisante ne découvrit personne.

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